Je réveille mes deux colocataires à 2h45 du matin... c'est déjà inhumain. Nous nous habillons chaudement et bouclons un sac à dos léger, avec le minimum vital. Dehors il fait plutôt frais... Je me rapproche du feu de camp pour prendre mon petit déjeuner.
J'ai l'impression que nos indonésiens traînent un peu les pattes. Nous prenons un départ nocturne en retard à 3h30 au lieu de 3h, accompagnés d'un autre français et d'un groupe de deux belges. À l'exception des singapouriens, les autres trekkeurs ne partiront vraisemblablement pas du tout.
Je trouve d'emblée l'ascension assez délicate. Le sentier s'apparente au boyau étroit, sinueux et sablonneux d'un torrent de montagne. Eclairé par ma lampe frontale, je progresse au prix de sérieux efforts pour conserver mon équilibre et je dérape fréquemment sur le gravillon volcanique. Après 45min de marche, notre guide nous abandonne, prétextant des douleurs à l'estomac. Nous comprenons surtout qu'il n'a pas envie de faire cette partie du trek. On saura bientôt pourquoi. Nous marquons une brève pause puis reprenons la route avec le guide du groupe belge. Il fait toujours nuit noire.
La seconde partie de l'ascension est beaucoup plus "facile" : ligne droite sur ce que j'imagine être la crête (il n'y a rien à droite ni à gauche), pente moyenne constante, plus aucun signe de végétation. Il y a toutefois un vent glacial. Je n'ai aucune idée précise du reste à parcourir, le pic est vraisemblablement tapi juste devant nous, dans l'obscurité. Nous marchons à un rythme soutenu pour compenser la demi heure de retard au démarrage (et accessoirement parce qu'on est des bourrins ne connaissant que ce mode de déplacement :)). Nous ne sommes finalement plus que 4 français en tête de peloton. Nous apprendrons que les belges ont abandonné. Faut dire qu'ils sont montés en beaux gosses en jean, cuir et converses. Enfin, je n'ai jamais entendu parler de grands explorateurs belges... le seul que je connais passe ses vacances à centerparcs, c'est pour dire (bisou mon Titi!! ;-))
Vers 5h du matin, après 1h30 de marche, la configuration change imperceptiblement. La pente s'accentue, la couche de gravillon sur laquelle nous marchons s'épaissit. La situation devient totalement infernale quelques minutes après nous être engagés dans ce bourbier. Deux pas en avant, un pas de glissade en arrière, un temps d'arrêt pour souffler. Je tiens à peine debout car le chemin se dérobe littéralement sous mes pieds. Les effets de l'altitude se font ressentir et les efforts consentis pour gravir ce qui me semble la plus haute dune du monde sont exténuants. Je me rappelle alors les sages paroles de Hardy Kruger à Senaru : "mes clients m'ont enseigné les gros mots de toutes les langues du monde lors des 300 derniers mètres d'ascension du Rinjani". Je pense alors intérieurement : bo*$el à pu#€s borgnes je ne peux même pas blasphémer tout haut... Je n'arrive pas à reprendre mon souffle sur cette sa!%$€*ie de dune de me%>e!!! Et dire qu'on paye pour ça. Muzos masos.
Le groupe que nous formons s'étire un peu, mais nous atteignons tous le sommet vers 6h, au moment où le soleil commence à se lever. Le temps est clair et seules quelques fines brumes persistent.
La vue du sommet permet d'embrasser la totalité du cratère, notamment le versant extérieur. Je réalise à quel point ce volcan est énorme en comparaison de l'île de Lombok elle même. Sumbawa se profile à l'est. Au l'ouest, j'aperçois Bali et ses volcans, trois minuscules îlots que sont les Gili, et l'ombre projetée du Rinjani dans l'océan indien. Personne ne dit un mot. Voilà la magie de la montagne... tu n'as pas cessé de te demander ce que tu fichais à grimper ce tas de pierre dans le froid et l'obscurité pendant des heures, et une fois en haut c'est comme si rien d'autre n'avait existé. On pardonne tout devant une telle offrande de la nature. Vaincre le Rinjani vient magnifiquement conclure notre voyage, je ressens un accomplissement et un relâchement total. Notre contemplation ne s'éternise pas à cause du froid. Nous amorçons une descente qui devrait être rapide.
Venez visiter ma cacteraie !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire