
Commençons par un compte rendu de la soirée de la veille: nous faisons des courses au spar du coin pour faire un vrai repas maison, puis le pub pour les pintes et le whisky. Un vieux jukebox diffuse une musique rétro dans une ambiance tarantinesque. Tous les occupants ont une drôle de gueule... On ne deroge pas a la règle avec notre barbe de 2 semaines. On est définitivement bien au nord et bien a l'ouest. A l'auberge notre dortoir accueille un nouveau pensionnaire: un vieux débris qui nous gratifiera de ses ronflements et etouffements toute la nuit. Je suis complètement réveillé a 5h (malgré mes boules quies) pour voir le dernier occupant (un jeune géologue anglais) se lever et mettre un coup d'oreiller au papy. Ce dernier s'écrie "Hey!! et l'anglais répond "You fucking snoaring!!". On ne respecte pas les anciens outre-manche.
Je réveille Case a 5h40. Les sacs sont déjà prêts. Un café au premières lueurs de l'aube et nous partons pour l'ascension du Ben Mhor 570m et de son grand frère le Ben Spionnaidh 772m. C'est le même massif montagneux qui nous avait résisté le 2 Septembre. Cette fois ci nous emprunter un autre chemin et franchissons la rivière par un pont. Nous garons la voiture près d'une ferme au pied de la montagne et debutons notre marche au pays des moutons a 6h45. Il n'existe pas de sentier et nous devons nous frayer un chemin dans les herbes et la mousse. C'est très raide, du bonheur pour les mollets. Nous atteignons le premier sommet vers 8h faisons une halte quelques instants et attaquons la deuxième partie de notre ascension. L'herbe disparaît progressivement pour laisser place a un chaos de pierres noire balayées par un vent polaire. Le sommet du Spionnadh se présente comme un plateau desertique de pierres entassées. Le ciel est trop couvert pour profiter du paysage et les conditions climatiques trop extrêmes pour s'attarder trop longtemps. Nous redescendons jusqu'à la voiture. Durée totale de l'expédition: 3h30. Il est donc 10h15 et nous nous empressons de rejoindre l'embarcadere d'ou part le ferry pour Cape Wrath.
Le ferry en question est une vieille coquille de noix menant a un minibus pourri de l'autre cote du kyle of Durness (sorte de fjord sablonneux, navigables uniquement a marée haute). La route date de 1820 et traverse une zone militaire d'entraînement des pilotes de la RAF. Le paysage est sinistre, hostile, au paroxysme de la désolation. Un phare se dresse a l'extrémité de la péninsule, dernier rempart de terre jusqu'au pôle Nord. Le paysage est grandiose, ouvert a 270 degrés sur l'océan et borde de falaises de 350m (les plus hautes de Grande Bretagne). Le froid et la fatigue commençant sérieusement a se faire sentir, c'est avec un réel soulagement que nous regagnons le confort rudimentaire du bus pour rejoindre le ferry, notre voiture, puis Durness pour un café chaud.
Nous partons vers l'Est par la cote Nord direction Thurso. Le loch Eriboll, malgré la météo moyenne, est superbe. Après Bettyhill, nous croisons un authentique aberdeen angus beef, qui machouille placidement une canette de Sprite devant notre appareil photo. Nous décidons de faire une halte a mi chemin, sur la péninsule de Strathy. Nous marchons jusqu'au phare pour casser la croûte. Nous abandonnons la cote a Thurso pour rejoindre Brora plus au sud, par l'A9. La cote Est offre des paysages moins sauvages et escarpes, qui semblent comme domestiques. Des éoliennes et plate formes pétrolières au lointain témoignent de cette activité humaine.
Après quelques hésitations, nous atteignons la distillerie Brora aujourd'hui fermée (depuis 1983) accollee a Clynelish toujours en activité. Brora faisant partie de mes single malts préférés, c'est avec un petit pincement au coeur que je déambule dans les rues vides de cette vieille usine désaffectée.
Il est temps de trouver un lit pour la nuit: le blue hostel guide nous indique une auberge a Rogart station, un peu au sud. Une fois sur les lieux nous découvrons avec étonnement que nous dormirons ce soir dans un ancien wagon de train reconverti en hôtel. Original. Après des pintes et un repas chaud, nous experimentons la douche a bord du train et regagnons nos couchettes.
Aujourd'hui nous avons parcouru 287km.
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